RIP Grand-Papa, « Comment en parler quand ça me rend triste? »

ImageLe cours de la vie amène nos enfants à vivre de nouveau le deuil d’un de leurs grand-parents. En grandissant, les réactions se font plus complexes, et plus pudiques aussi. J’avais raconté le deuil vers l’âge de 5 ans. À 7 ans, ça a commencé avec des questions très pratiques: « comment Grand-Papa est-il mort? Comment a-t-il fait pour mourir? » Cette question renvoie curieusement au sens actif du verbe mourir, alors que dans notre vision d’adulte la mort est souvent subie.

Deuil à distance

En plus, ce deuil-ci se vit à distance, sur un autre continent, sans avoir assisté aux obsèques. Après le retour du Papa de France, les réactions et remarques se sont faites plus discrètes. A part avec la famille évidemment. Et des remarques comme « j’ai pas réussi en maths parce que je pense à Grand-Papa », ou « j’ai les yeux qui piquent parce que je pense à lui » et quelques bonhommes tristes envoyés aux autres grands-parents sur skype. Et enfin, l’abcès s’est crevé avec la grande question: « Tu dis d’en parler Maman, mais comment parler de lui si ça me rend triste? » Suivie d’une hagiographie du Grand-Papa, des souvenirs de cette maison de famille qu’il est question de vendre…

Le plus dur pour accompagner ma fille fut sans doute une fois encore d’écouter d’une oreille vraiment disponible, sans lui souffler des émotions toutes faites, puis lui confirmer ma peine partagée. L’écouter raconter son grand-père et me rappeler mon beau-père, drôle, parfois bourru. Les tournées où il m’entraînait visiter tous les projets d’urbanisme de sa bonne ville de province, quand j’étais encore étudiante et puis même après. Et puis écrire ce billet, relire celui écrit il y a quelques années suite au décès de ma mère, et le commentaire de ma belle-soeur m’invitant à entrer dans l’espérance. Et espérer encore.

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La mort et les enfants

Il y a quelques mois, je m’étais demandée si je n’étais pas trop vieille pour avoir une mère. Aujourd’hui, je me demande si ce n’était pas prémonitoire.

Car je n’ai plus le choix, je vais devoir faire sans, puisque ma mère est décédée brutalement il y a quelques semaines.

C’est profondément bouleversant, de faire le deuil d’un parent, surtout pas si vieux, et soudainement. Heureusement les enfants nous rappellent que la vie se poursuit.

Mon mari et moi avons toujours parlé de la mort à nos enfants, avec des mots simples, mais vrais. Pas de « il est parti » pudique qui appelle un douloureux « quand est-ce qu’il revient? ». Nous avons eu droit aux traditionnels: « et là, elle est encore morte, Mamie? » et aux interrogations existentielles pour savoir si tout le monde mourra un jour, etc. Et nous observons qu’elles comprennent bien de quoi il retourne.

Nous leur devons même d’avoir détendu l’atmosphère à la sortie de l’église, devant le corbillard, avec un « c’est ta voiture Tata? » à ma tante. On a tous pouffé!

Quelques pistes de lectures pour les p’tits bouts sur ce thème:

Naître, grandir, vieillir, mourir, une belle initiative de l’association Jusqu’à la mort accompagner la vie Ardennes. Des mots d’enfants et leurs dessins pour évoquer les grands temps de la vie.

Les questions des tout-petits sur la mort, chez Bayard Jeunesse. 6 historiettes inspirées de contes traditionnels sur le sens de la vie par rapport à la mort, à l’heure de la mort, la tristesse…