Charlotte, une mère engagée dans le soutien à celles qui ont un allaitement particulièrement difficile

Toute première d’une – j’espère intéressante – série, une interview d’une maman très active sur internet au service de celles qui ont des grosses difficultés à allaiter leur bébé:
Charlotte Yonge, maman de 2 garçons allaités, et présidente et fondatrice de l’association « allaitement pour tous »
Tu es très investie dans la sphère du maternage. Quel a été ton parcours en la matière? comment es-tu venue au maternage?
Je me suis lancé dans une vie de famille avec une vision de la maman heureuse, qui allaite son enfant au sein pour son plus grand bien-être. Ayant subi une opération de réduction mammaire 15 ans avant la naissance de mon premier enfant, j’ai demandé à une sage-femme, avant l’accouchement, si ma réduction mammaire allait avoir un quelconque effet sur mon allaitement. Sa réponse a été catégorique : « absolument pas. Il faut donne un sein par tétée, toutes les 2 à 3 heures ». Suite à la césarienne, mon bébé à été emmené pour lui donner le bain, le mesurer, le peser, lui mettre du collyre dans ses yeux, et lui injecter la vitamine K, pendant que mon ventre était refermé. Je l’ai mis au sein 2 heures plus tard, seule dans une pièce. J’ai été ravie de voir qu’il savait téter tout seul. Je n’avait rien à faire que de l’admirer. Quand il a perdu du poids, puis beaucoup de poids, on m’a très rapidement persuadée de lui donner le biberon après chaque tétée. Mon bébé les descendait comme s’il n’avait jamais mangé. Ma confiance a commencé à être brisée. Puis la sage-femme m’a assuré que tout cela venait de ce que je ne veillais à qu’il reste « actif » au sein. J’ai passé beaucoup de temps à pleurer parce que mon bébé, clairement affamé, dormait au sein (tout habillé dans son body, son pyjama, avec chaussettes, bonnet, et gigoteuse dans son berceau dans une pièce à 25°C) ou hurlait de faim.
Je suis sortie de la maternité avec un allaitement « mixte » et une ordonnance pour une marque de lait artificiel administré dans un biberon, et la micropilule (quoi de plus rapide pour un sevrage du sein et une disponibilité pour les rapports sexuels ?!) au lieu du conseil d’augmenter la production de lait chez moi avec davantage de tétées et une ordonnance pour un tire-lait électrique double pompage. Suite à la chute libre du poids de mon bébé qui restait nerveux, constamment en pleurs, j’ai fait le tour de tous les pédiatres qui m’ont été conseillés. À chaque fois, on m’a dit, soit de diminuer les quantités de lait artificiel en supplément, soit de donner un gros biberon entre les tétées espacées de 4 heures, un sein par tétée.  Je me levais 3 fois par nuit pour donner un biberon de complément après les tétées. J’étais épuisée. Ce qui a commencé en bébé blues a fini en presque 3 ans de déprime post-natale.
Quand mon bébé a eu 8 semaines, j’ai assisté à ma première réunion LLL où une maman a vu mes cicatrices et m’a demandé si j’avais subi une chirurgie mammaire. J’ai dit « oui, mais cela n’a rien à voir avec mon allaitement, la sage-femme, spécialisée en allaitement, me l’a dit ».
Les mères et animatrices de LLL me soutenaient le contraire. Le lendemain, une animatrice est venue chez moi. Elle a réussi à me vendre le livre L’art de l’allaitement maternel que j’ai acheté à contre-cœur, mais que j’ai dévoré en sanglots de colère et rempli du regret qu’on ne m’ait pas dit tout cela avant mon accouchement. Elle m’a vendu aussi un DAL (Dispositif d’aide en lactation).
J’ai eu beaucoup de difficultés à me servir du DAL avec un bébé hystérique de faim, mais j’ai réussi à lui donner des suppléments jusqu’à ce qu’il mange des aliments solides en quantités suffisantes pour ne plus avoir besoin des calories fournies par le lait artificiel. Je suis devenue hôtesse pour mon groupe LLL et le suis restée pendant 4 ans. Avec ce soutien régulier, et un antidépresseur compatible avec l’allaitement maternel, j’ai commencé à remonter la pente avec mon bébé.
Je veux qu’aucune mère, aucun bébé, ne souffre comme moi et mon bébé avons souffert. Il n’est pas nécessaire de souffrir autant. Il y a des solutions simples qui répondent à la faim du bébé et au besoin ou désir de la mère d’allaiter son bébé au sein.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent en la matière? une figure de bonne marraine?
Non. Pas de bonne marraine. Mon mentor s’appelle Lea Cohen. Elle possède tous les traits de caractère, les connaissances, et le savoir que j’aimerais posséder dans la vie. Elle a toujours su me livrer des informations, objectives, tout en soutenant mes efforts, même si mes idées ne correspondaient pas à la meilleure solution à ce moment-là. Quand je lui ai expliqué que je donnais des yogourts de lait de brebis pour « compenser » la faible quantité de mon lait que mon bébé recevait, elle m’a immédiatement expliqué que même les petites quantités que je fournissais combleraient les besoins de calcium de mon bébé. Je manquais de confiance, j’avais besoin d’une béquille, mais ce qu’elle m’a dit m’a donné confiance dans le long terme.

En tant que monitrice en portage en écharpe quels sont tes conseils pour bien porter son enfant, confortablement et longtemps?
Encore une fois, toute cette souffrance mère-enfant n’est pas nécessaire. Si toutes les jeunes mères pouvaient satisfaire les besoins de tétées fréquentes de leurs bébés, elles l’allaiteraient plus longtemps. Aujourd’hui, les écharpes sont vendues pour faire de l’argent. Donc on n’enseigne pas méthode qui s’adresse tout spécialement à celles qui souhaitent allaiter en portant. Le « créneau » n’est pas assez intéressant. J’ai passé ma jeunesse, jusqu’à la trentaine dans l’enseignement de certains sports. J’applique donc ce que j’enseigne. Je pense qu’un soutien renforcé du dos est important, ainsi qu’une bonne posture, une longueur d’écharpe adaptée aux longues heures de portage sans souci de douleur aux épaules ou au dos (due au poids), tout en permettant un accès au sein discrèt et constant. Ceci demande une longueur d’écharpe adaptée au gabarit de la mère, et à la durée du portage. Je fais plier l’écharpe dans sa largeur pour éviter que le bébé ne ballote en l’installant. Cette méthode permet aussi de parfaitement étaler la croix dans le dos, ce qui évite « l’effet ficelle ». Évidemment, il faut vérifier que les petites cuisses sont soutenues en s’assurant que le bord du bas de la partie  « pagne » dans laquelle l’enfant est assis remonte sous ses fesses. Pour aider bébé à ouvrir ses vertèbres et monter ses genoux (ce qui est vital quand un enfant à ses hanches écartées à la largeur du ventre de l’adulte qui le porte), il est important que l’enfant soit dans une position de grenouille, soutenu par l’écharpe et bien sûr, à une hauteur qui permette l’accès aux seins !

J’apprends aux mères à distinguer un bon portage d’un mauvais, comment régler l’écharpe quand la première installation n’est pas très réussie. Il faut savoir comment enlever bébé et le remettre sans tout défaire sur un trottoir, quand il pleut par exemple. Toutes ces choses, plus d’autres auquelles je ne pense pas maintenant, sont importantes pour qu’une mère se sente compétente et développe sa confiance en tant que femme.

 Tu apportes une grande aide, tout spécialement aux mamans ayant des difficultés dans leur allaitement, notamment pour des relactations à travers un forum dédié: « allaitement pour tous ». Peux-tu nous décrire cette initiative? pourquoi sur Internet? qu’est-ce qui fait la différence pour réussir ces allaitements difficiles?
 Après que mon témoignage d’allaitement suite à une réduction mammaire, ait été publié dans Allaiter Aujourd’hui, et suite à ma formation LLL, je suis devenue animatrice LLL et j’ai commencé à recevoir beaucoup de mamans dans la même situation que moi, avec qui j’ai passé de longues heures au téléphone. Je me suis rendu compte que parler au téléphone ne leur apportait pas autant qu’elles espéraient, alors j’ai écrit le dossier « Allaitement suite à une réduction mammaire » en français, dans lequel j’ai traduit tous les points que j’estimais le plus importants du livre Defining your own success de Diana West, ICBLC et animatrice LLL. Le livre n’est jusqu’à disponible qu’en anglais. Ce dossier (avec les témoignages des Françaises que j’y ai ajoutés) a fait le tour des animatrices LLL, et des mères concernées qui avec lui avaient à portée de main beaucoup d’informations. Cependant, les mères se plaignaient de se sentir isolées dans leurs cas, certaines n’osaient même pas fréquenter les réunions LLL en s’estimant « pas qualifiés d’allaiteuses » !!
Alors j’ai fondé le groupe de discussion sur Yahoo groupes « allaitement pour tous ». Le groupe a commencé à avoir de plus en plus de « combattantes » qui ayant vaincu leur combat pour se réapproprier leur corps, leur lactation, qui se sont formées de plus en plus avec la multitude de fichiers qui sont à télécharger sur le forum et les échanges et les lecture de qualité. Je ne pouvais plus travailler seule, j’avais bien trop de mails à gérer toute seule. Alors j’ai recruté l’aide précieuse des modératrices. Des mères expérimentées, et très informées, des IBCLCs avec une expérience de l’utilisation des SNS ou lact-aids, et certaines animatrices LLL.
D’autres animatrices ont demandé à être membres de la liste, afin d’apprendre les techniques et l’approche nécessaires à l’utilisation des DAL, pour mieux soutenir les mères. J’ai le soutien très précieux de Lea Cohen ! Plus Danielle Ortais et Christelle Farré de LLL Nantes qui soutiennent les mères dès qu’elles le peuvent. Je leur suis éternellement reconnaissante pour cela. En revanche, la réussite d’allaitement pour tous, est, je dois dire, vraiment dû aux efforts et à la persévérance des mères elles-mêmes, et à l’enthousiasme qu’elles apportent aux nouvelles arrivées qui rament encore. Comme pour LLL, la réussite réside dans le soutien de mères à mère, pas dans les conseils, avis ou ordonnances. Les mères ont le droit de se sentir compétentes à 100% dans leur allaitement. Ensemble, on apprend à faire le deuil d’un allaitement exclusif (dans la majorité des cas), tout en réalisant un allaitement au sein très satisfaisant, et quand il est souhaité, un allaitement long, suffisamment long pour compenser largement l’absence d’un allaitement exclusif de 6 mois. Notre philosophie, nos priorités sont que bébé mange à sa faim… au sein. Nous privilégions la relation au sein. Un allaitement exclusif de 6 mois étant déjà bousillé, notre priorité est de nourrir bébé au sein pour le plus grand bien de tous ceux qui sont concernés.
J’ai fait d' »allaitement pour tous » un forum virtuel sans réunion (sauf l’assemblée générale qui a lieu tous les 2 ans) parce que les mères qui y participent sont dispersées à travers la France, et aussi parce qu’un forum permet un soutien jour et nuit. À tout moment, il y a quelqu’un qui lit, si bien que dans les heures, puis jours qui suivent la question posée, il y aura des réponses qualifiées et/ou expérimentées, sans besoin de se déplacer ou de payer !
Internet est vraiment un outil merveilleux aujourd’hui.

Est-ce qu’il est vrai que « toutes les mères » peuvent allaiter au sein ?
Oui, tout à fait. Les DAL (SNS et Lact-aids) le rendent possible pour toutes celles qui souhaitent nourrir un enfant au sein.
Cela dit, les échecs que je vois sont presque toujours des cas où la mère s’acharne sur une question de quantité de lait maternel, en tirant son lait avec un tire-lait. Bien qu’une mère qui n’a pas subi une chirurgie mammaire ait toutes les chances de pouvoir fournir 100% de son bon lait pour son bébé, tirer son lait peut demander trop d’efforts, de temps et d’énergie, au détriment du temps passé avec son bébé. Parfois, il est plus bénéfique pour la mère de tirer son lait d’une façon limitée, afin de pouvoir se détendre, laisser ses hormones faire leur travail,(ce qui est nettement plus facile quand on est détendue, reposée et pas angoissée) et donner quelque millilitres de lait artificiel de plus pour que son bébé soit repût au sein, et dormir plus avec lui. Quand une mère doit déjà faire le deuil d’un allaitement exclusif et qu’en tirant son lait elle n’arrive toujours pas fournir 100% de ses besoins, la blessure est encore plus profonde. Je crois qu’il est plus important d’allaiter son enfant plus longtemps que d’allaiter de façon mixte seulement 6 mois, surtout quand les 6 mois ne sont pas exclusivement au bon lait maternel. Le Dr Jack Newman préconise une diversification alimentaire précoce (à 5 mois) si le bébé est déjà supplémenté par au lait artificiel, ou risque de recevoir du lait artificiel. Selon Jack Newman, le risque pour la santé d’un bébé de 5 mois est plus élevé s’il prend du lait artificiel que des aliments solides. 

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À propos de amelie75

Maman au cube, je blogue mon cheminement en parentage qui a commencé à Paris et se poursuit au Québec.

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